Le cinéma martiniquais trouve ses origines en 1976 avec la fondation du Service municipal d’action culturelle, impulsée par Aimé Césaire, alors maire de Fort-de-France. Lieu de formation et d’émancipation culturelle, un atelier cinéma et audiovisuel, mené par Jean-Paul Césaire, s’y développe.

A partir de là, plusieurs courts et longs-métrages de fiction vont être tournés par des Martiniquais(1). Le succès national, en 1984, de Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy, récompensé du César de la meilleure première œuvre, et à Venise, du Lion d’Argent du meilleur premier film, révèle au monde l’existence d’un cinéma martiniquais.

Mais produire un film coûte cher. 2001 voit la création du Fonds d’aide aux œuvres audiovisuelles et cinématographiques dans les départements d’outremer permettant ainsi l’émergence de documentaires, courts et longs-métrages. Forte de ce fonds, la Région Martinique va soutenir la production audiovisuelle et cinéma.

La plupart des films de fiction ou documentaires ne sont toutefois pas tournés en totalité à la Martinique, en raison du manque d’infrastructures, de systèmes de financement, d’investisseurs privés ou de sociétés de production. Ce qui n’empêche pas des réalisateurs nationaux et internationaux de succomber à l’attractivité du territoire et d’y tourner des fictions, telles La Fête des pères, Promotion Canapé, Thomas Crown, Belle Maman

En 2014, deux Martiniquais Saïdou Bernabé et Yoane Pavadé, concepteurs-réalisateurs 3D, déclinant les offres de grands studios, reviennent en Martinique. Forts de leurs compétences, ils créent une Ecole internationale d’animation 3D, Parallel 14, avec l’objectif de placer la Martinique sur la carte du monde de l’animation. En 2015, Alain Bidard, producteur et réalisateur martiniquais, se lance dans l’aventure avec son premier long-métrage d’animation Battledream Chronicle, qui rencontre le succès.

Des aides locales

La filière audiovisuelle locale n’ayant pas accès aux financements, ni aux diffuseurs nationaux, des Martiniquais vont créer leurs sociétés de production en métropole. En 2018, l’Assemblée de Martinique vote à l’unanimité la signature d’une convention de coopération avec l’Etat et le Centre national du cinéma et de l’image animée, dont l’objectif est de structurer localement cette filière. Un fonds territorial de soutien à la création et à la production est lancé, sur le principe de « 1 euro CNC investi, pour 2 euros CTM dépensés ». En 2019, la création d’un bureau d’accueil des tournages vient renforcer le dispositif. Enfin, une Commission du film Martinique va permettre de professionnaliser la filière.

Depuis, le fonds de soutien a permis de multiplier les projets et de faire émerger une nouvelle génération d’auteurs-réalisateurs talentueux, tels Sarah Malleon, Amingo Thora, Nèneb, Yannis Sainte Rose, Mathieu Glissant, Enricka Moutou, Chloé Léonil, Laure Martin Hernandez & Vianney Sotès, récoltant de nombreux prix au cours de festivals nationaux, internationaux et caribéens. A noter, l’accompagnement du premier long-métrage de Gilles Elie-Dit-Cosaque, Zépon, dont la sortie est programmée en 2022.

En 2019, la CTM a alloué une aide de 500 000 € pour la série Tropiques criminels. Avec pour comédienne principale Sonia Rolland, miss France 2000, une telle production est une première sur le territoire martiniquais, générant de nombreux emplois locaux. Devant son succès d’audience, France Télévisions a reconduit la série, en 2022, pour une quatrième saison. 

Aujourd’hui, le poids économique de la filière cinéma et audiovisuel commence à se faire sentir, avec un marché en croissance. 

  1. Retrouvez la liste de ces films sur notre site Internet

Des premières projections aux multiplexes

Le Vitascope est le premier à offrir des séances à Saint-Pierre en 1897. La Martinique découvre le cinématographe grâce à l’italien Giusepe Filippi, juste après la première séance publique des Frères Lumière à Paris. Tito Pistolesi présente ensuite le Cinémaphon américain en 1906. William Bardury (Bataclan, puis Colisée), René Didier (Gaumont), Massel et les frères Moïse (Théâtre municipal) deviennent les tout premiers exploitants avant l’entrée de Maxence Elizé en 1939, dans cette cour. Ancien banquier, Maxence Elizé, ouvre une petite salle, dans sa commune de Saint-Pierre, qu’il nomme l’Elysée.

Fils de Maxence, ayant pris sa succession et, entre temps, devenu le roi des salles obscures aux Antilles, Max Elizé fait émerger en 1999, sur la commune de Schœlcher, Le Madiana, premier multiplexe des Antilles. D’un coût d’environ 150 millions de francs, en partie financé par des fonds de la Communauté européenne, il offre dix salles de cinéma, soit 2 365 fauteuils, pour 350 000 habitants : le pari est risqué. Toutefois, pour lui, Madiana est la nouvelle étape nécessaire à la survie de l’exploitation cinématographique aux Antilles, passée en dix ans de 3,5 millions à 1,5 million d’entrées. Une activité que la famille Elyzé, de génération en génération, perpétue depuis, comme activité principale, dans les secteurs de la distribution de films et l’exploitation de salles de cinéma (Circuit Elyzé, Filmdis, Groupe Elyzé).

Quelques rares salles, comme le célèbre Atlas aux Anses d’Arlet, d’Athanase Dorival, ou l’Excelsior de Sainte-Marie, ont réussi à se maintenir.