le voyage inspire les artistes

De tout temps le voyage inspire les artistes, l’art et le voyage sont intimement mêlés. Les artistes ne cessent de se nourrir de leurs découvertes du monde pour en ramener des visions renouvelées.

Ces dernières décennies auront sans doute été l’apogée des voyages. Il y a peine un an, les échanges internationaux semblaient tellement naturels dans un monde globalisé, connecté et décloisonné pour une grande partie de l’humanité. Un monde où les foires d’art contemporain et les expositions s’ouvraient comme de grandes fêtes partout à travers la planète, rassemblant public et collectionneurs de toutes nationalités. L’art et la culture étaient au coeur de cette industrie du voyage, importante source d’attractivité des pays et de retombées économiques. Le voyage inspire les artistes, des villes comme Paris, Venise, Miami ou Bâle culminaient. Basel pour les intimes, qui non contente d’avoir sa célèbre Art Fair, en a fait une véritable marque vendue à l’international.

La crise sanitaire de 2020 a changé la donne, assignant à résidence la moitié de la planète. Mais plus que jamais, le voyage inspire les artistes, cette envie d’ailleurs, d’aller à la rencontre de l’autre, des cultures et des territoires résonne en nous tel un petit air de musique entêtant. Ce besoin d’ailleurs accompagne l’humanité depuis des siècles.

Mais comment s’exprime-t-il dans l’art ? Comment s’en sont emparés les artistes ? Jusqu’où le voyage a-t-il poussé leurs recherches ?

Du mythe au voyage en Italie, le voyage inspire les artistes

Les mythes ont consacré les périples des héros solitaires accomplissant bien des épreuves pendant leurs voyages ; Ulysse, Hercule ou Perceval sont au coeur de nombreuses représentations artistiques, tant antiques que classiques. Ici le voyage sert le sujet de l’oeuvre, et prend sa source dans une dimension mythique. Mais il n’y a pas que le héros qui voyage. Des siècles de créations artistiques ont forgé l’image de l’artiste-voyageur. Au XVIe siècle en Europe, le voyage en Italie s’impose comme un passage obligé pour les jeunes artistes. Ce voyage vers Rome leur permet de se confronter aux ruines antiques mais aussi d’échanger avec d’autres ateliers artistiques et contribue à diffuser les styles. C’est même la naissance d’un genre particulier, le paysage historié dont Nicolas Poussin est le chef de file.

Ainsi l’artiste en quête d’ailleurs quitte-t-il son atelier. Au cours des siècles, les artistes explorent de nouveaux territoires. Après l’Italie, l’Orient, à partir de la campagne d’Egypte de Napoléon, devient le nouvel Eldorado. Les artistes accompagnent alors les expéditions ; il s’agit d’abord de garder une trace, presque un travail ethnographique. Mais les nouvelles civilisations rencontrées exercent une véritable fascination sur des artistes qui vont souvent sublimer cet ailleurs. Ils ont l’impression de découvrir une Antiquité préservée.

Révélations orientales

Dans une de ses correspondances pendant son voyage au Maroc, Delacroix écrit : «Imagine, mon ami, ce que c’est de voir, couchés au soleil, se promenant dans les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, des Caton, des Brutus, (…) Je te le dis, vous ne pourrez jamais croire à ce que je rapporterai, parce que c’est bien loin de la vérité et de la noblesse de ces natures. L’antique n’a rien de plus beau !»

Ces voyages participent à la construction de l’image d’un Orient rêvé. Les artistes ramènent avec eux en Europe ce goût pour l’orientalisme et l’exotisme, qui va être au coeur des recherches plastiques du début du XXe siècle. Matisse dira d’ailleurs : « La révélation m’est venue de l’Orient ». Et c’est en Tunisie que Kandinsky fixe ses premières recherches sur l’abstraction. Les villes arabes lumineuses et géométriques sont l’occasion pour lui de fractionner sa touche colorée et de libérer les formes.

Paradis perdus

Parmi les voyages d’artistes, celui de Paul Gauguin en Polynésie est sans doute l’un des plus célèbres. En 1891, il embarque pour ces îles lointaines à la recherche d’un monde originel. Est-ce une quête ou une fuite ? Probablement les deux. Il souhaite alors s’affranchir de la bourgeoisie européenne qui l’étouffe. Et, dans une vision très imprégnée par son époque, il rêve d’un ail- leurs, un paradis préservé. Peu avant son départ, il écrit à sa femme : « Puisse venir le jour (…) où j’irai m’enfuir dans les bois sur une île de l’Océanie, vivre là d’extase, de calme et d’art. Entouré d’une nouvelle famille, loin de cette lutte européenne après l’argent. » L’arrivée est plus dure qu’il l’imagine, mais pendant cette période polynésienne, l’artiste crée des oeuvres phares exposées aujourd’hui dans les plus grands musées du monde.

Au-delà de la destination, le temps même du voyage peut s’inscrire comme un instant de création, une résidence artistique en mouvement. Les temps de déplacement sont aujourd’hui bien différents de la longue traversée de Gauguin. Les séjours souvent plus courts aussi. L’artiste contemporain appelé à voyager au fil des expositions ou de projets passe un grand temps de sa carrière en mouvement.

Des siècles de créations artistiques ont forgé l’image de l’artiste-voyageur.

Ainsi l’instant de quelques heures d’avion, la tablette d’un siège peut se transformer en un lieu de création éphémère comme avec la série Exil de Thierry Alet. Munis d’une simple plume, d’encre de chine et d’un livre, l’artiste réalise une série de dessins pendant le trajet qui le mène de Paris à Johannesburg en 2013. Véritable mise en abîme du voyage, il dessine à même les pages du livre Exil de Saint-John-Perse. A son retour en Guadeloupe, il expose ses dessins et présente aussi des artistes sud-africains, croisant les regards sur les sociétés créole et sud-africaine.

Que ce soit l’appel du large, la volonté de renouveler ses recherches, un départ pour une exposition, l’artiste ne sort jamais indemne de son déplacement.

Si l’art est sans doute un voyage en soi qui repousse bien loin les frontières, l’artiste voyageur donne à voir sa réalité, subtile composition entre un ailleurs très personnel et son regard sur le monde.

Le voyage inspire les artistes aussi au salon PooL Art Fair. Vous pourrez découvrir des artistes locaux et internationaux avec le concours de Lyne Kaczmarek, Ingénierie culturelle, PooL Art Fair.

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