Le vol des ibis au rouge flamboyant, éclairés par le soleil sur fond de verte mangrove, est un spectacle saisissant.
Longtemps chassé pour sa chair et ses plumes qui servaient à la fabrication d’objets artisanaux, l’oiseau le plus coloré du littoral est intégralement protégé depuis 1986. L’ibis rouge niche dans les zones de mangrove et bâtit son nid dans les jeunes palétuviers blancs. Il est ovipare et dépose trois ou quatre œufs par ponte. Sa nourriture est composée de larves, crabes et crevettes trouvés dans les vasières, et c’est la caroténoïde contenue dans les crevettes qui lui confère ce rouge repérable à plusieurs centaines de mètres. S’il naît noir, l’ibis se pare de vermillon à l’âge de deux ans, devenant un véritable joyau ailé lorsque le soleil couchant illumine son plumage chatoyant. Les nuances écarlates varient selon les individus, les saisons et le régime alimentaire.
BALLET AÉRIEN
Malgré des actes de braconnage, les effectifs d’ibis s’accroissent au fil des années et l’on voit les colonies, composées parfois de plusieurs milliers d’individus, se multiplier. À une certaine époque, ils étaient surtout observables dans la région de Sinnamary, mais il n’est plus rare de les voir évoluer au large de Cayenne ou de Kourou dans des ballets aériens au-dessus de l’océan. En formation en ligne ou en V, alternant vol battu et plané, ils offrent un tableau fascinant, le premier de l’escadrille guidant les autres dans un silence à peine troublé par le battement de leurs ailes. Sinnamary reste un lieu de prédilection pour admirer les ibis. Des prestataires écotouristiques locaux proposent des excursions en pirogue pour aller les observer au crépuscule ou à l’aube, à l’embouchure du fleuve, non loin de leurs sites de nidification. Tous les jours, des nuées d’oiseaux fendent les airs pour aller chercher de la nourriture, avant de rejoindre en fin d’après-midi leur dortoir collectif dans la mangrove, offrant aux visiteurs attentifs une scène de nature authentique.
L’OMBRE DISCRÈTE DE L’IBIS VERT
Il existe en Guyane deux espèces d’ibis : l’ibis rouge (Eudocimus ruber), appelé localement flamant, et l’ibis vert ou flambant bois (Mesembrinibis cayennensis). L’ibis vert, à la crête émeraude et au plumage vert sombre tirant sur le bronze, est plus discret et se confond souvent avec l’ombre des branches. Peu commun sur la côte, il promène ses reflets métalliques aux abords des criques, des marécages et des savanes inondées, où il se nourrit de petits invertébrés et de poissons. À la différence de l’ibis rouge, il vit seul ou en petits groupes familiaux, déambulant à pas lents le long des rivières, le bec légèrement courbé, fouillant la vase dans un silence qui contraste avec le spectacle incandescent de son cousin rouge. À travers leurs différences, ces deux espèces incarnent la richesse de la biodiversité guyanaise, rappelant à chaque envol que la mangrove et les zones humides sont des sanctuaires fragiles, essentiels à préserver pour continuer d’admirer ces silhouettes gracieuses dans le ciel de Guyane.



