Après les stylos et la maroquinerie, Montblanc a relevé l’audacieux pari de redonner vie à l’une des manufactures les plus prestigieuses du XXe siècle, Minerva.
C’est en 1997, au Locle en Suisse, que Montblanc fait ses premiers pas dans l’horlogerie. Richemont, propriétaire, voit dans cette diversification un prolongement naturel de l’univers de la marque. Mais les premières collections, comme les Montblanc Meisterstück TimeWalker, reposent encore sur des bases éprouvées, avec des mouvements ETA et des habillages élégants.
De belles montres, sans doute, mais qui n’étaient pas encore de vraies prises de parole horlogères. Le scepticisme des passionnés était compréhensible : Montblanc apparaissait comme un nouveau venu sans tradition. Mais déjà, on sentait que la maison cherchait à apprendre et à s’imprégner du langage horloger.
Le véritable tournant survient en 2006 : Richemont rachète Minerva, manufacture fondée en 1858 à Villeret. Pour qui connaît l’histoire horlogère, Minerva n’est pas un simple nom : c’est une légende. Ses chronographes mono poussoirs, ses mouvements 13.20 et 16.29, ses ponts en forme de V décorés à la main… tout respire l’excellence artisanale et l’héritage du chronographe suisse du XXe siècle.
Plutôt que de transformer Minerva en simple musée, Richemont prend une décision audacieuse : associer ce patrimoine à Montblanc. C’est un mariage atypique.
Montblanc, marque allemande, apporte sa puissance mondiale et sa vision moderne ; Minerva, atelier jurassien, apporte son savoir-faire séculaire. Deux univers qui semblent éloignés mais qui, ensemble, vont donner naissance à une nouvelle légitimité.
L’AFFIRMATION
Deux ans plus tard, en 2008, Montblanc présente sa première grande pièce manufacture : la Nicolas Rieussec Chronograph, animée par le calibre manufacture MB R220. Rendre hommage à Rieussec, inventeur du chronographe moderne en 1821, n’est pas un hasard. Cette montre, avec ses disques rotatifs pour les totalisateurs, son affichage original et sa roue à colonnes intégrée, incarne l’envie d’innover dans le respect de l’histoire.
Le MB R220 n’était pas un simple calibre rebaptisé : c’était une création maison. Bénéficiant d’un chronographe, d’un GMT, de la date, d’un indicateur jour/nuit, aidé par un double barillet, elle réussit avec brio l’exercice de proposer une montre élégante, technique et complète pour un prix très contenu.
Montblanc n’a pas choisi entre tradition et modernité : il a exploré les deux simultanément. Les Nicolas Rieussec sont restées une collection phare, avec des déclinaisons élégantes qui démontrent la pérennité du MB R220. La 1858 Géosphère, lancée en 2018, est devenue une icône contemporaine. Ses deux globes hémisphériques rotatifs affichant les fuseaux horaires du monde sont une performance technique et esthétique. Les chronographes monopoussoir directement hérités de Minerva traduisent l’influence historique de Villeret dans la collection contemporaine.
RIGUEUR ET CONFIANCE
Et puis il y a l’audace extrême : les Metamorphosis, par exemple, dont le cadran se transforme mécaniquement pour révéler un second visage. Peu de maisons osent ce genre de folie horlogère. Montblanc l’a fait, et avec brio, et continue de proposer des pièces exceptionnelles et rares pour démontrer tout son savoir-faire.
Autre preuve que Montblanc ne fait rien à moitié : la certification cinq cents heures. Chaque montre mécanique y est soumise avant livraison. Cela représente près de trois
Montres Metamorphosis II V5 créées en 2014 semaines de tests : précision, chocs, étanchéité, fiabilité des complications. Cette rigueur supplémentaire rassure le collectionneur : lorsqu’on met une Montblanc au poignet, on sait qu’elle a été éprouvée dans toutes les conditions.
C’est sans doute l’aspect le plus surprenant : Montblanc propose ces merveilles à des prix d’une remarquable modération. Une Geosphère tourne autour de 6 000 / 7 000 €, une somme certes importante, mais presque imbattable au regard de la complexité et de l’originalité de la pièce. Un chronographe monopoussoir Minerva, entièrement décoré à la main, coûte bien moins qu’un équivalent chez d’autres maisons suisses du même niveau de finition.
À une époque où les prix explosent, Montblanc garde une philosophie presque artisanale : offrir un contenu horloger maximal pour un prix juste. C’est un respect du client qui mérite d’être salué.
Aujourd’hui, Montblanc n’est plus un outsider. La marque a prouvé sa légitimité par la cohérence de sa démarche et la qualité de ses réalisations.
Par Frederick Lecurieux-Durival.



