Soeur Eau

TEXTE_Hélène Donadieu 

Un élément essentiel de purification et de vie

C’est en ces termes que le 1er septembre 2018, pour la quatrième Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, le pape François ciblait son message autour de l’eau, « élément si simple et si précieux, dont malheureusement l’accès est difficile sinon impossible pour beaucoup de personnes ».  Pourtant, « l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains ».

D’emblée le pape nous plonge dans le bain …  

« L’eau nous invite à réfléchir sur nos origines. Le corps humain est composé en majeure partie d’eau ; et beaucoup de civilisations, dans l’histoire, sont nées près de grands cours d’eau qui en ont marqué l’identité. L’image utilisée au début du Livre de la Genèse, où il est dit qu’au commencement l’esprit du Créateur « planait sur les eaux » (Gn 1, 2), est significative. »

Rappelant que « pour nous chrétiens, l’eau représente un élément essentiel de purification et de vie. La pensée se dirige immédiatement vers le Baptême, sacrement de notre renaissance. L’eau sanctifiée par l’Esprit est la matière par laquelle Dieu nous a vivifiés et renouvelés ; c’est la source bénie d’une vie qui ne meurt plus. Le Baptême représente aussi, pour les chrétiens de diverses confessions, le point de départ réel et inaliénable pour vivre une fraternité toujours plus authentique tout au long du chemin vers la pleine unité. Jésus, au cours de sa mission, a promis une eau à même d’étancher pour toujours la soif de l’homme (cf. Jn 4, 14) et a promis : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Aller à Jésus, s’abreuver de lui signifie le rencontrer personnellement comme Seigneur, en puisant dans sa Parole le sens de la vie. Que vibrent en nous avec force ces paroles qu’il a prononcées sur la croix : « J’ai soif » (Jn 19, 38) ! Le Seigneur demande encore à étancher sa soif, il a soif d’amour. Il nous demande de lui donner à boire dans les nombreuses personnes qui ont soif aujourd’hui, pour nous dire ensuite : « J’avais soif, et vous m’avez donné à boire » (Mt 25, 35). Donner à boire, dans le village global, ne comporte pas uniquement des gestes personnels de charité, mais des choix concrets et un engagement constant pour garantir à tous le bien fondamental de l’eau. »

Le pape poursuite en abordant « également la question des mers et des océans. Il faut remercier le Créateur pour l’imposant et merveilleux don des grandes eaux et de tout ce qu’elles contiennent (cf. Gn 1, 20-21 ; Ps 145, 6), et le louer pour avoir revêtu la terre d’océans (cf. Ps 103, 6). Orienter nos pensées vers les immenses étendues des mers, en mouvement continuel, est aussi, dans un certain sens, une occasion pour penser à Dieu qui accompagne constamment sa création en la faisant aller de l’avant, en la maintenant dans l’existence. »

Prendre soin chaque jour de ce bien inestimable constitue aujourd’hui une responsabilité inéluctable, un vrai et propre défi : il faut une coopération réelle entre les hommes de bonne volonté pour collaborer à l’œuvre continue du Créateur. Tant d’efforts, malheureusement, sont réduits à rien par manque de réglementation et de contrôles effectifs, surtout en ce qui concerne la protection des zones marines au-delà des territoires nationaux. Nous ne pouvons pas permettre que les mers et les océans se couvrent d’étendues inertes de plastique flottantes. En raison de cette même urgence, nous sommes appelés à nous engager, de manière active, en priant comme si tout dépendait de la Providence divine et en œuvrant comme si tout dépendait de nous.

Invitant ensuite à la prière « pour que les eaux ne soient pas un signe de séparation entre les peuples, mais de rencontre pour la communauté humaine (…) pour que soient sauvés ceux qui risquent leur vie sur les flots à la recherche d’un avenir meilleur.»  Il nous invite à réfléchir et agir pour « faire en sorte que les questions les plus délicates de notre époque, telles que celles liés aux migrations, aux changements climatiques, au droit pour tous de jouir des biens fondamentaux, soient affrontées de manière responsable, clairvoyante en regardant l’avenir, avec générosité et dans un esprit de collaboration, surtout entre les pays qui ont plus de moyens. »

Il consacre ensuite son message sur « la question de la mer et des océans et les problèmes touchant les écosystèmes marins, (…) l’élaboration et l’application des normes internationales concernant les mers susceptibles de protéger les personnes, les pays, les biens, les ressources naturelles (…) et garantir un développement intégral dans la perspective du bien commun de la famille humaine tout entière et non d’intérêts particuliers. » 

Le pape termine enfin par un message pour les « jeunes générations (…) et les communautés chrétiennes pour qu’elles contribuent toujours davantage et toujours plus concrètement afin que tout le monde puisse jouir de cette ressource indispensable, dans la sauvegarde respectueuse des dons reçus du Créateur, en particulier des cours d’eau, des mers et des océans. »

Autant de messages vibrant d’une singulière actualité lorsque l’on songe aux questions de la distribution d’eau potable en Guadeloupe ou encore la pollution aux sargasses en Guadeloupe et Martinique ou encore la pollution au mercure des fleuves de Guyane pour ne citer que quelques exemples.

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