Rencontre avec Benzo

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QU’EST-CE QU’UN CONTE CRÉOLE ?
Nous avons dans notre répertoire de contes des contes venus d’Afrique, d’Europe ou encore d’origine amérindienne, et bien les contes créoles sont des mélanges de tout cela, autrement dit, ils sont mis à la sauce créole. En effet, alors que les contes africains mettent en scènes les animaux de là-bas comme des éléphants ou encore des aigles, ils sont remplacés chez nous par des ânes ou des pélicans. De même, les contes créoles sont racontés en créole mais aussi dans d’autres langues. A la Dominique ils sont dits en créole et en anglais, à Cuba et à Saint-Domingue en espagnol. Mais il s’agit toujours de contes créoles avec les mêmes histoires et les mêmes protagonistes.

 

 

A L’ORIGINE, QUEL ÉTAIT L’OBJECTIF
DE CES CONTES ?

L’objectif de ces contes est d’éduquer les enfants. Ils les invitent à mieux se comporter, à ne pas mentir, voler… J’ai été enseignant, notamment en maternelle, et je me servais des contes pour illustrer ce que l’on appelait à l’époque les cours de morale et les enfants en redemandaient ! J’ai d’ailleurs inventé quelques contes à leur demande. Et puis, bien sûr, le conte est aussi une source de distraction, c’est un moment d’amusement et de divertissement pour toute la famille.

 

 

QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI, LES CONTES ONT-ILS TOUJOURS LES MÊMES OBJECTIFS ?
Oui, les objectifs sont toujours les mêmes, ce qui est différent c’est la diffusion des contes. Avant, tout se faisait oralement, aujourd’hui il y a les livres, la télévision, internet… ces médias donnent
l’opportunité de toucher plus de monde. En 1992, j’avais fait une série de contes pour la télévision, cela avait été très apprécié par la population. Ces dernières années, j’ai aussi développé une chaine Youtube : j’ai de bons retours.

 

 

COMMENT VOUS EST VENUE CETTE PASSION POUR LA LANGUE CRÉOLE ET POUR LES CONTES EN PARTICULIER ?
J’ai d’abord développé une passion pour les contes. J’ai été élevé dans une famille où il y avait trois conteurs et j’ai fréquenté l’un d’eux au moins une heure par jour pendant les quinze premières années de ma vie. Ce conteur est d’ailleurs toujours vivant, il s’agit d’Albert Gaspard et c’est lui qui m’a transmis au moins 70 % des contes que je connais aujourd’hui. Mon intérêt pour le créole est venu plus tard grâce à Sylviane Telchid et Hector Poulet.

 

 

DE NOMBREUX ANIMAUX, DOTÉS DE LA PAROLE ET SOUVENT D’UNE GRANDE INTELLIGENCE, SONT MIS EN SCÈNE DANS LES CONTES ANTILLAIS,
POURQUOI SONT-ILS SI PRÉSENTS ?

Comme je le disais, les contes antillais ont puisé leurs origines notamment et surtout en Afrique, un continent où les hommes étaient entourés d’animaux de la savane et de la forêt. Naturellement, les conteurs ont utilisé les animaux autour d’eux afin de faire passer des messages et les ont présentés en fonction de leurs caractéristiques physiques ou psychologiques. Par exemple, Compère Lapin est très intelligent, Compère Tigre est rapide, Compère Zamba est bête, etc.

 

 

QUI SONT CES ANIMAUX ? EST-CE QUE CE SONT LES MÊMES QUE L’ON RETROUVE DANS LES DIFFÉRENTS CONTES ?
Compère Lapin, compère Zamba, compère Tigre, Ti Jean sont des personnages que l’on retrouve dans beaucoup de contes aux Antilles mais aussi dans toute la Caraïbe. Ils portent parfois des noms différents mais ce sont bien les mêmes. Par exemple à Haïti, Compère Lapin est appelé Malis et Compère Zamba y est
appelé Bouki. Il est formidable de s’apercevoir que des conteurs de pays différents et même de continents différents connaissent un même conte, seuls les noms différent.

 

 

QUEL EST L’ANIMAL LE PLUS EMBLÉMATIQUE DES CONTES ANTILLAIS ?
Il s’agit très certainement de Compère Lapin. Les enfants l’adorent, car il joue des tours aux autres, il est intelligent, malicieux, farceur…

 

 

QUEL EST VOTRE CONTE ANTILLAIS PRÉFÉRÉ ?
Je n’ai pas vraiment de conte préféré… j’aime tous les contes ! Mais il y a des contes qui ont plus de succès que d’autres, des contes que l’on me demande souvent de raconter, comme Compère Lapin et Compère Zamba, La grève des cochons, Le petit garçon et la flûte…

 

 

EST-CE QUE LA CULTURE DU CONTE CRÉOLE EST SUFFISAMMENT CONNUE DES JEUNES GÉNÉRATIONS ?
Selon moi pas suffisamment, les enfants connaissent ce qu’ils voient tous les jours à la télé. Mon rêve serait de mettre en image nos contes créoles afin de toucher le plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle j’avais lancé le projet de série de contes à la télévision, j’ai aussi édité des livres, des CD et maintenant j’ai une chaîne Youtube (Benzo Le Conteur). Avec le numérique à l’école, les enseignants exploitent les vidéos Youtube pour analyser les contes, faire des descriptions de personnages, etc. Il y a un intérêt certain pour les contes créoles, le succès des « Kont o Piyaj », qui sont des rassemblements de conteurs créoles, en est la preuve.

 

 

COMMENT FAIRE POUR QUE LES JEUNES S’APPROPRIENT DAVANTAGE CET HÉRITAGE ?
A l’école, le théâtre est vraiment une bonne méthode pour impliquer les enfants. Je mets en scène les contes dans des écoles et des collèges. Les enfants rentrent dans la peau des personnages et s’imprègnent des histoires. Je mène aussi des projets dans des associations, des clubs du troisième âge, des établissements psychiatriques, en prison… toujours dans l’optique de toucher le plus de monde.

 

 

PARMIS LA CENTAINE DE CONTES QUE VOUS CONNAISSEZ, QUEL ANIMAL POURRAIT LE MIEUX VOUS INCARNER ?
Certainement Compère Makak que compère Lapin n’a jamais réussi à tromper !

 

 

Benzo